Presque tout ce qui se publie sur le sujet va dans le même sens : quittez PrestaShop, passez à Shopify. Nous faisons les deux, et nous livrons régulièrement des boutiques sous Shopify. C’est ce qui nous autorise à défendre ici le trajet inverse, celui dont personne ne parle : revenir de Shopify à un logiciel ouvert. Deux raisons le justifient en 2026. La première est ancienne, c’est la liberté. La seconde est nouvelle, c’est l’intelligence artificielle.
Ce que vous louez, ce que vous possédez
Une boutique Shopify se loue. Tant que tout va bien, c’est un confort. Les limites apparaissent quand la boutique grandit ou sort du cadre.
| Shopify | PrestaShop | |
|---|---|---|
| Le code | celui de la plateforme, fermé | ouvert, sous licence OSL 3.0 |
| L’hébergement | celui de Shopify | celui que vous choisissez |
| La commission | de 0,2 % à 2 % des ventes si vous gardez votre prestataire de paiement | aucune |
| Les adresses des pages | chemins /products et /collections imposés | libres |
| Le tunnel de paiement | personnalisation limitée, complète seulement sur la formule Plus | modifiable |
| Les comptes clients | le modèle de la plateforme : l’ancienne version n’est plus proposée aux nouvelles boutiques depuis février 2026 | ceux que vous définissez |
| En cas de départ | vous repartez avec vos données | vous repartez avec vos données et votre boutique |
Deux chiffres pour mesurer. Pour 100 000 € de ventes par an, garder son propre prestataire de paiement sur la première formule de Shopify coûte 2 000 € de commission. Et la formule Plus, celle qui ouvre vraiment le tunnel de paiement, commence à 2 100 € par mois, soit 25 200 € par an.
Rien de cela n’est caché, et rien n’est scandaleux : c’est le prix d’un service clés en main. Mais c’est un loyer, et un loyer ne se négocie pas.
La souveraineté, sans drapeau
Il serait tentant d’écrire que PrestaShop est français et Shopify nord-américain. Ce serait à moitié vrai. PrestaShop reste un éditeur installé à Paris, mais il appartient depuis le 18 février 2026 au groupe polonais cyber_Folks.
La souveraineté ne tient pas à la nationalité de l’éditeur. Elle tient à trois questions : où sont vos données, quel droit s’y applique, et pouvez-vous partir. Un logiciel ouvert y répond de la même façon quel que soit son propriétaire : vous choisissez l’hébergeur et son pays, et la licence vous garantit de pouvoir continuer à utiliser et modifier le code. Avec une plateforme louée, ces trois réponses appartiennent à la plateforme.
Il y a aussi la relation avec vos clients. L’acheteur qui paie avec Shop Pay ou utilise l’application Shop a un compte chez Shopify. D’après sa politique de confidentialité, Shopify reçoit sa navigation, son panier et ses achats sur les boutiques, et s’en sert pour des recommandations sur l’ensemble des boutiques et pour de la publicité, avec son consentement en Europe. Ce n’est pas un abus, c’est le modèle : la plateforme bâtit sa propre relation avec vos clients. Sur un logiciel ouvert, ce compte n’existe pas.
Nous détaillons ce point dans notre article sur la stack e-commerce française.
Ce que l’IA change
Pendant dix ans, l’argument le plus fort en faveur de Shopify a été la finition. Un back-office agréable, des fonctions prêtes, peu de développement. Sur PrestaShop, obtenir le même confort demandait du code sur mesure, donc du temps et un budget.
C’est ce calcul qui change. Un assistant IA écrit, teste et documente du code beaucoup plus vite, à condition d’avoir accès à ce code. Sur un logiciel ouvert, il a accès à tout. Sur une plateforme fermée, il s’arrête là où la plateforme s’arrête : il peut produire un thème ou une application, pas modifier le tunnel de paiement d’une formule qui ne le permet pas.
Un exemple, le nôtre. Le reproche que nous entendons le plus souvent sur PrestaShop est son écran de gestion, jugé daté. En octobre 2026, nous avons développé un module qui met le back-office de PrestaShop 9 aux couleurs d’une marque à partir de trois réglages : une couleur, deux logos, une police. La première version date du 8 octobre au matin ; treize livraisons ont suivi dans la journée, quinze au 12 octobre. Le module compte environ 2 000 lignes, garantit des contrastes de niveau AA quelle que soit la couleur choisie, vérifiés sur 4 108 couleurs, et embarque ses propres tests de sécurité.
Il y a deux ans, ce travail aurait demandé plusieurs semaines et n’aurait sans doute pas été commandé. Aujourd’hui, l’objection « PrestaShop est moins agréable » se traite en quelques jours.
Deux choses ne changent pas. Un logiciel ouvert doit toujours être hébergé, mis à jour et surveillé : c’est notre métier. Et le code se relit : nous appliquons au module la méthode de notre propre refonte, avec des règles écrites, des tests rejoués à chaque étape et une relecture humaine. L’audit d’accessibilité, lui, reste un travail de spécialiste.
L’IA joue aussi pour Shopify, sur un autre terrain : la vente par les assistants. Shopify a annoncé en septembre 2025 la vente de ses boutiques dans ChatGPT, réservée pour l’instant aux acheteurs aux États-Unis. Un point à suivre, pas encore une raison de choisir.
Quand quitter Shopify se justifie
Nous déconseillons Shopify, ou nous conseillons d’en partir, dans trois cas.
- Votre boutique sort du cadre. Vente aux professionnels avec des tarifs par client, catalogue à déclinaisons nombreuses, liaison étroite avec un logiciel de gestion : vous empilez les applications payantes pour retrouver ce qu’un logiciel ouvert sait faire.
- Vos commissions et vos abonnements d’applications dépassent ce que coûterait un prestataire. Le calcul se fait sur trois ans, pas sur un mois.
- Vos données ou vos adresses de pages sont un enjeu. Hébergement en France, structure d’adresses héritée d’un ancien site, exigences d’un client public.
Dans les autres cas, restez. Un catalogue simple, vendu aux particuliers, tenu par une équipe sans compétence technique, est bien chez Shopify. Nous vous disons lequel des deux cas est le vôtre avant tout devis.
Comment se passe le retour
Les produits s’exportent de Shopify en fichier CSV, sans leurs images, qu’il faut reprendre à part. Les clients et l’historique des commandes se transfèrent aussi. Le thème et les applications ne se transfèrent pas : ils sont reconstruits, et c’est là que l’IA raccourcit le plus le chantier.
Le point sensible est le référencement. Toutes les adresses changent, puisque celles de Shopify suivent un format imposé. Chacune reçoit une redirection permanente vers sa nouvelle adresse. Google prévient que le classement peut fluctuer pendant une migration, et qu’il peut s’écouler quelques semaines ou plus avant que les nouvelles adresses s’affichent : le risque se réduit par la méthode, il ne s’annule pas. Notre méthode, de l’inventaire des adresses au suivi après la bascule, est décrite sur notre page PrestaShop ou Shopify, qui compare les deux plateformes sans prendre parti.
En résumé
Shopify vend de la tranquillité contre un loyer et des limites. PrestaShop offre la liberté contre de la maintenance. Ce qui a changé en 2026, c’est le prix de cette liberté : avec l’IA, adapter un logiciel ouvert coûte beaucoup moins qu’avant, alors que les limites d’une plateforme fermée, elles, n’ont pas bougé.
Vous vous demandez si votre boutique gagnerait à revenir sur un logiciel ouvert ? Parlons-en.
Sources consultées le 12 octobre 2026 : tarifs publics et aide en ligne de Shopify ; licence et dépôt public de PrestaShop ; documentation de Google Search Central sur les migrations de sites ; politique de confidentialité de Shop, journal des modifications et annonces de Shopify, consultés le 22 octobre 2026.

